L'infrastructure, premier acte de souveraineté numérique
Pendant des années, le mouvement a paru évident. Pour gagner en agilité, accélérer les déploiements et simplifier l’exploitation, les entreprises ont déplacé leurs charges vers le cloud public, standardisé leurs environnements et multiplié les services managés. Cette trajectoire a produit des bénéfices réels. Elle a modernisé les socles techniques, réduit certaines frictions opérationnelles et permis d’aller plus vite.
Mais en 2026, ce cadre de lecture ne suffit plus. Non parce que le cloud aurait cessé d’être pertinent, mais parce que les conditions ont changé. La dépendance technologique, la sensibilité des données, la résilience opérationnelle et la capacité à reprendre la main deviennent des sujets centraux. La souveraineté numérique n’est donc plus seulement une ambition institutionnelle. Elle devient une question très concrète de pilotage.
Autrement dit, l’infrastructure entre de nouveau dans le champ de la stratégie.
L’IA change la donne
L’essor de l’IA accélère ce basculement. Depuis deux ans, elle ne transforme pas seulement les produits et les usages. Elle modifie aussi l’économie même de l’infrastructure. Le calcul, la mémoire, le stockage, l’énergie, la capacité disponible et la prévisibilité des coûts redeviennent des variables critiques.
Pour une DSI, cela change profondément la nature des arbitrages. L’infrastructure n’est plus seulement un sujet d’optimisation. Elle redevient un sujet de maîtrise. Les entreprises doivent désormais se demander jusqu’où elles souhaitent dépendre d’écosystèmes externes pour exécuter des charges devenues plus sensibles, plus coûteuses et plus structurantes pour leur métier.
Le vrai sujet n’est pas de choisir un camp
Dans ce contexte, opposer le cloud à l’on-premise est un faux débat. Le tout-cloud n’est pas une faute. Le tout on-premise n’est pas un horizon universel. Le vrai sujet, pour les DSI, est ailleurs : quelles briques doivent rester hautement maîtrisées ? Sur quels workloads faut-il préserver de la réversibilité ? À partir de quel seuil la dépendance devient-elle un risque ?
C’est là que commence la souveraineté numérique en 2026. Non dans le rejet d’un modèle, mais dans la capacité à arbitrer. Une entreprise est souveraine lorsqu’elle peut décider où exécuter ses charges selon leur criticité, la sensibilité des données, les exigences de performance, les contraintes réglementaires et l’équation économique de long terme.
Elle l’est aussi lorsqu’elle dispose encore des compétences nécessaires pour ne pas subir entièrement ses fournisseurs. Car la souveraineté ne se résume pas à la localisation des infrastructures. Elle tient tout autant à la capacité de les concevoir, de les opérer et de les faire évoluer.
L’hybride n’est plus un compromis, mais une stratégie
C’est cette logique que nous appliquons chez Positive. Notre conviction n’est pas née avec l’IA. Une partie de notre plateforme fonctionne depuis longtemps sur des infrastructures on-premise, avec un savoir-faire interne dans l’exploitation et la montée en charge. En parallèle, nous opérons aussi massivement dans le cloud public. Aujourd’hui, notre modèle repose sur un équilibre d’environ 50 % cloud et 50 % on-premise.
Cet équilibre n’a rien d’idéologique. Il répond à une logique de portefeuille. Certaines charges tirent pleinement parti de la souplesse du cloud. D’autres justifient un niveau de maîtrise plus direct. Nous avons structuré cette approche avec des équipes on-premise en France et en Allemagne, ainsi que des hubs Cloud DevOps en Pologne, en France et en Italie.
Cette profondeur opérationnelle change tout. Elle permet de choisir l’environnement en fonction du besoin, et non de faire rentrer tous les usages dans un modèle unique. C’est dans cette logique que nous renforçons en 2026 notre empreinte sur des infrastructures opérées en propre, notamment pour accompagner la migration de User.com by Positive vers des environnements on-premise.
Là encore, il ne s’agit pas de tourner le dos au cloud. Il s’agit de reprendre de la latitude : sur les coûts de long terme, sur la protection de certaines données, sur la prévisibilité des performances et sur la liberté d’expérimenter. En février, ce socle représentait déjà 8,81 THz de capacité CPU, 8,7 To de RAM et 158 To de stockage.
Ce que les DSI doivent en retenir
Le modèle gagnant n’est ni le tout-cloud ni le tout on-premise. C’est l’hybride pensé comme une stratégie de maîtrise. Le cloud reste essentiel pour l’élasticité, la rapidité de déploiement et l’accès à des services avancés. L’on-premise retrouve de la valeur lorsque les enjeux de coût, de latence, de sécurité, de souveraineté ou de maîtrise de la donnée deviennent structurants.
Mais cette approche suppose une vraie discipline. Une stratégie hybride crédible ne consiste pas à disperser les workloads. Elle exige des standards de sécurité homogènes, une observabilité transverse, une culture FinOps, des mécanismes d’automatisation robustes et des équipes capables d’opérer durablement plusieurs modèles sans créer de dette organisationnelle.
La souveraineté n’est donc pas seulement affaire d’actifs. Elle est d’abord affaire de compétences.
La souveraineté commence par la capacité à garder des options ouvertes
L’Europe a raison de placer la souveraineté numérique au cœur du débat. Mais, pour les entreprises, elle ne commence ni dans les slogans ni dans les postures. Elle commence dans un schéma d’architecture, dans des choix de localisation, dans une gouvernance des dépendances et dans la capacité à conserver plusieurs options viables.
En 2026, l’infrastructure redevient stratégique parce que le contexte est plus contraint, plus volatil et plus exigeant. Dans ce nouveau cycle, les organisations les plus solides ne seront pas celles qui auront le plus parlé de souveraineté. Ce seront celles qui auront conservé assez de maîtrise pour ne jamais dépendre d’une seule option.






.png)